Test : Blue Sheep, doux comme un agneau ?

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Blue Sheep est un jeu de Noetic Games sorti le 31 mars 2016 dans lequel on incarne une petite fille qui évolue dans un monde coloré mais où la tristesse se matérialise physiquement. Malgré certains défauts, le jeu parvient à nous emporter grâce à sa bande-son et à sa narration saisissante.

La lettre qui change la vie

Tout commence dans un appartement lambda.Blue-Sheep Une petite fille descend de son tabouret et se dirige vers la porte d’entrée. Soudain, une lettre sortie de nulle part vient changer sa vie. Ça vous rappelle quelque chose ? Exactement ! Comme notre ami Harry ! Sauf qu’ici, vu que la fille se réfugie immédiatement dans un monde imaginaire où la tristesse a une manifestation physique, ce n’est pas une lettre de Poudlard mais probablement une facture.

On se retrouve alors dans un monde incroyable. On traverse des paysages à la nature luxuriante, aux couleurs claires, à l’ambiance légère, accompagnés par la voix agréable du narrateur. Mais petit à petit, des changements se font percevoir. Les paroles du conteur commencent à faire sens. Le monde se révèle alors plus sombre qu’il n’y parait.

Juste un saute-mouton ?

Abordons directement les points fâcheux. Le gameplay et la durée de vie. C’est un jeu de plateforme tout ce qu’il y a de plus classique. On ne dénote pas vraiment d’innovation : on saute, on frappe, on roule et on ramasse. Rien de bien transcendant. Les combats sont mous, inintéressants et ne se renouvellent pas. On déplore le peu de variété parmi les ennemis et les possibilités de gameplay. Autre problème, les développeurs ont fait le choix étrange de lancer de plus en plus de monstres sur le joueur sans que cela n’apporte quoi que ce soit de plus. Cache-misère ?

BlueSheep3Certains puzzles viennent apporter un peu de variété même si, une fois les mécaniques acquises, ils n’offrent plus vraiment de challenge. Ils donnent un peu l’impression de n’être là que pour faire du remplissage. Blue Sheep est le genre de jeu pour lequel on se demande si le gameplay doit vraiment être pris en compte lors de l’analyse. L’intérêt du jeu réside plutôt au cœur de l’expérience visuelle et narrative. Blue Sheep est en quelque sorte un alien du jeu vidéo en ce sens qu’il parvient à reléguer le gameplay au second plan tout en restant une bonne expérience, ce qui est rare dans le domaine vidéoludique. Pendant mon odyssée, je n’avais qu’une envie, c’était que le narrateur reprenne son récit, qu’il continue à me transmettre cette nuée d’émotions qu’il m’est difficile d’identifier. Tristesse, empathie, joie ? Impossible de choisir avec précision, chacune de ses différentes intonations m’emmenant sur le terrain de son choix.

La durée de vie est quant à elle vraiment courte. En une ou deux heures de jeu, vous en aurez fait le tour. On avance, on saute et on frappe sans se poser de question. De temps en temps, on a l’occasion de faire du « surf » sur du sable, phases amusantes mais pourvues d’une difficulté inégale. Tout se passe bien quand, tout à coup, on meurt dix fois au même endroit sans trop comprendre pourquoi. La frustration sera donc bien entendu au rendez-vous.

Un thème fort

Si au départ, les graphismes d’apparence assez légers donnent l’impression que c’est un jeu tout public, le thème surprend par son intensité. Notre avatar évolue dans un monde coloré mais où les habitants sont affligés de tristesse. Chaque parole et chaque pixel traduisent désormais la force qu’exerce la tristesse sur ce monde.

L’ambiance initiale est chaleureuse, le paysage, accueillant. Mais, petit à petit, la tristesse vient ronger tout ce qu’il y a de beau. La nature luxuriante, probable métaphore du bonheur, se trouve tourmentée. La manifestation physique de la tristesse vient la profaner en laissant des paysages mornes et désolés.

Si l’on en croit la description du jeu sur Steam, le thème est pleinement assumé. En effet, on voit que les développeurs ont fait l’expérience personnelle de la dépression et du suicide. Prise de risque ? Coup de génie ? Erreur marketing ? Ce choix n’est pas anodin et comporte son lot de contraintes. Rares sont les jeux qui prétendent transcender l’expérience vidéoludique par une narration qui ressemble fort à de la poésie.

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Se confronter à la bête

On incarne l’« outsider », comprenez un « étranger » ou une « personne extérieure ». À première vue, l’outsider est le sauveur du monde de Blue Sheep. En effet, il vient libérer ses habitants de la solitude et de la souffrance, ou en tout cas, les soutenir. Les armes dont la petite fille dispose sont presque ridicules. C’est à coup de petit arc à flèche et d’épée en bois que l’on doit combattre la tristesse, ici représentée sous la forme d’un loup noir, et ses sous-fifres. Pourtant, elle parvient à repousser la plupart de leurs attaques.

BlueSheep5Doit-on en conclure qu’il est aisé de combattre ce fléau ? Faut-il y lire une manière d’inciter les gens à accepter une aide extérieure ? S’agit-il d’autre chose ? Tout s’éclaircira plus tard. Au fur et à mesure, les paroles du narrateur, qui au départ restaient peu accessibles, deviennent limpides. C’est tout en subtilité que le jeu vous pousse dans la même direction sans que vous ne vous en rendiez vraiment compte. C’est là tout le génie de Blue Sheep. On se surprend à se laisser emporter par la narration comme on se laisserait emporter par la tristesse. On se prend d’empathie pour ce pauvre hère de narrateur et la nécessité de le sortir de sa torpeur se fait sentir. Ce jeu qui, au départ, semblait léger et joyeux, se transforme en envolée mélancolique. Le pari est donc réussi. Graphismes colorés et thème profond cohabitent à merveille. Si certains doutaient encore de la dimension artistique des jeux vidéo, Blue Sheep en est un témoin très représentatif.

Blue Sheep est un jeu original et prenant même si le gameplay ne suit pas. Le thème, bien que risqué, est amené de manière subtile et poétique. Les développeurs parviennent à emmener le joueur exactement là où ils le veulent, sans que celui-ci ne s’en aperçoive. Blue Sheep est une expérience touchante qui en sensibilisera certains aux grands problèmes que sont la dépression et le suicide. Ici, pas de note, car une note trop élevée ne tiendrait pas compte du gameplay à la traine, et une note trop basse ne rendrait pas justice à la narration et à la manière dont le thème est traité.

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