De nos jours, il semble difficile de ne pas tomber sur une publicité d’un film ou d’une série de super-héros. Entre Warner Bros/DC Comics, Marvel Studios et 20th Century Fox, les fans des hommes en collants sont les plus gâtés. Toutefois, beaucoup de spectateurs lambda ont l’impression de ne voir que ce genre de films au cinéma. Pourtant, sur une année, seulement 5 à 6 films de super-héros débarquent dans les salles obscures. Le problème – si on peut appeler cela un problème – réside dans la manière avec laquelle la publicité de ces films s’entreprend. Elle paraît envahissante et, en effet, l’exploitation des licences super-héroïques se fait sans limite. C’est pourquoi, dans cette analyse, je vais tenter d’expliquer pourquoi on peut parler d’un règne des super-héros et pourquoi ce règne n’est pas prêt de s’arrêter. Pour ce faire, je vais aborder 4 points : la genèse du genre, le réveil des héros Marvel, l’explosion du genre et le règne des super-héros.

Superman 1978

1. La genèse du genre

Les adaptations des comics existent depuis quasiment la création de ceux-ci… Il faut remonter au 12 février 1940 lorsque la station de radio américaine WOR diffuse le premier épisode de The Adventures of Superman, soit 2 ans après la première apparition du personnage dans les kiosques à journaux. S’ensuivent alors des sérials de Superman avec Kirk Alyn, ainsi qu’une série télévisée avec George Reeves. Du côté de Batman, c’est pareil. Cependant, comme je vais majoritairement parler de cinéma dans cet article, la toute première adaptation cinématographique d’un super-héros est, bien sûr, Superman (1978) de Richard Donner et avec Christopher Reeve. Le film est un énorme succès (300 millions $ au Box Office mondial pour un budget de 55 millions $) et marque le coup dans l’évolution des effets spéciaux ; il a reçu l’Oscar pour une contribution spéciale. Le film a d’ailleurs connu 3 suites mais, à cette période, le genre venait à peine de naître au cinéma. Les producteurs n’osaient pas trop miser sur les capes.

En 1989, c’est au tour du Chevalier Noir de faire ses premiers pas au cinéma grâce à Tim Burton qui accentue le côté sombre du personnage. Même scénario qu’avec Superman, le film est un succès (411 millions $ au Box Office mondial pour un budget de 48 millions $) et a connu, lui aussi, 3 « suites »… Sauf qu’encore une fois, le duo Warner Bros/DC Comics est le seul à s’investir concrètement dans le secteur des super-héros. Néanmoins, des studios divers tels que Universal ou Constantin Film Production ont tenté, entre 1986 et 1994, de porter sur grand écran des personnages comme Howard le canard, The Punisher, Captain America et les 4 Fantastiques.

2. Le réveil des héros Marvel

Sans compter Howard the Duck (1986), The Punisher (1984), Captain America (1990) et Les 4 Fantastiques (1994), qui sont vraiment des productions bâclées, c’est en 1998, avec Blade de Stephen Norrington, que Marvel commence son ascension au cinéma. Le film est d’ailleurs produit par New Line Cinema, une filiale de Warner Bros. La rivalité n’existait pas encore… Blade ouvre la voie à une flopée d’adaptations des héros de la firme Marvel tels que X-Men (2000), Spiderman (2002), Daredevil (2003) et Hulk (2003). Avec Spiderman, le genre commence à plaire au grand public, mais avec les X-Men, on commence à questionner le genre : qu’est-ce que l’héroïsme ? Faut-il être forcément différent génétiquement pour se prétendre héros ?

Spiderman 1

3. L’explosion du genre

En 2004, Warner Bros/DC Comics réalise qu’il serait peut-être temps de revenir dans la production de films de super-héros. Après tout, c’est eux qui ont ouvert le bal en 1978. Après les nombreuses tentatives ratées de faire revenir Superman sur le grand écran avec Superman Fly By de J.J. Abrams, puis Superman Lives de Tim Burton, c’est finalement à Christopher Nolan que revient l’honneur de faire revivre non pas l’Homme d’acier, mais le Croisé Capé dans Batman Begins (2005). La machine se lance et Warner Bros/DC Comics peut dormir tranquillement grâce à sa Poule aux œufs d’Or. Sauf que Marvel Studios démarre un projet monstrueux, un projet que Warner Bros/DC Comics avait déjà réalisé à la télévision à travers les dessins-animés : un univers partagé. Le Marvel Cinematic Universe (ou MCU) voit le jour en 2008 avec Iron Man de Jon Favreau. Qui aurait pu imaginer une telle chose au début du siècle ? Personne ! Le grand public, jusque-là familier avec les X-Men et Spiderman, découvre Iron Man, Thor ou encore Captain America. De son côté, Warner Bros/DC Comics n’engage aucune riposte et se concentre sur la trilogie Dark Knight de Nolan, tout aussi, voire plus lucrative que le début du MCU. Toutefois, c’est bien Marvel qui porte le genre au sommet puisque c’est avec le MCU que les productions et les produits dérivés vont débarquer en abondance.

Warner Bros/DC Comics et 20th Century Fox se sentent largués. N’y a-t-il donc rien à faire ? Bien sûr que si ! Les X-Men sont relancés avec X-Men : Le commencement (2011) de Matthew Vaughn, tandis que Superman, le héros des héros, regagne les grands écrans grâce à Zack Snyder en 2013. Cela marque réellement le début d’une concurrence entre ces 3 firmes : Marvel Studios, Warner Bros/DC Comics et 20th Century Fox. En effet, la Fox possède les droits de tout l’univers des X-Men et des 4 Fantastiques. Je pourrais aussi parler des The Amazing Spiderman, mais Sony ne s’est jamais réellement impliqué dans ses productions. C’est pourquoi Spiderman a désormais rejoint Marvel Studios. Chez Marvel Studios, on vise le grand public en misant sur l’action et l’humour à volonté. Chez Warner Bros/DC Comics, et ce depuis Christopher Nolan, on préfère se poser des questions en remettant en cause l’univers des super-héros ; ce sont plus des films avec des super-héros que des films de super-héros… La 20th Century Fox se situe entre les deux, vu que la saga des X-Men n’hésite pas à mélanger drame métaphorique et comédie modérée.

X-Men Saga

4. Le règne des super-héros

Oui, ce n’est un secret pour personne, les super-héros règnent en maîtres au cinéma et commencent aussi à assiéger la télévision (The Flash, Arrow, Agents of Shield). Mais pourquoi ? Que s’est-il passé pour qu’un tel genre puisse dominer le Cinéma populaire ? Le phénomène d’adaptations n’est guère nouveau, cela se pratique depuis le début du 20ème siècle. Certains pourraient dire que Hollywood privilégie les super-héros parce qu’il y aurait une pénurie d’idées. Certes, on sent un petit manque d’idées à Hollywood à cause des remakes (refaire un film) et reboots (faire renaître une saga), sauf que pour adapter des comics, il faut justement avoir des idées ! Rares sont les comics adaptés page par page ; à part 300 (2007) et Watchmen (2009), je n’en connais pas d’autres. Les super-héros peuvent être constamment réinventés, cela se remarque même dans les comics où l’histoire des personnages ne cesse d’évoluer. Étant un autre médium, le Cinéma permet de faire quelque chose de différent avec ces hommes en collants. Ce que propose Warner Bros/DC Comics au cinéma s’inspire des productions de DC Comics tout en se démarquant de par le côté très philosophique, voire même religieux, et politique. Les X-Men font partie de l’univers Marvel dans les comics, même s’ils ont l’air d’être à part. Au cinéma, ils le sont vraiment à cause d’une question de droits, mais aussi à cause d’un traitement de la Fox différent de celui de Marvel Studios… Quant à Marvel Studios, justement, ils ont préféré alléger le ton de leurs productions pour essayer de plaire au plus large public, mais aussi pour des raisons marketing.

Steven Spielberg avait déclaré en septembre 2015 dans The Associated Press que les films de super-héros subiront le même sort que les westerns. Bien sûr, il ne faut jamais dire jamais. Il est vrai qu’il n’y a plus autant de westerns qu’avant. Cependant, des cinéastes comme Tarantino ou les frères Coen, par exemple, ont tenté de maintenir le genre western, voire de le réinventer. Le genre super-héroïque n’est pas prêt de s’éteindre parce qu’il est à son Âge d’Or. Les producteurs des 3 firmes rivales ont prévu des films jusqu’en 2020, pour l’instant. Ils poussent encore le délire plus loin en annonçant 2 à 3 films par an et par firme ! Là où le western a « échoué », c’est dans son côté répétitif. Or, le monde des comics est beaucoup trop vaste. Marvel et DC Comics sont loin, très loin d’avoir été explorés de fond en comble par les cinéastes. Je pense qu’à un moment, le public en aura marre si les 3 firmes font la même chose, certes, mais les super-héros pourront toujours rebondir à la télé ; chose que le western n’a pas réussi à faire. Cela fait plus de 75 ans que la majorité des super-héros existent, en tout cas chez DC Comics, et on en parlera encore dans 75 ans.

DC Trinity

Vous l’aurez donc compris, nous vivons une période où les super-héros ne sont pas prêts de quitter les écrans, et tant que les 3 firmes proposeront du contenu différent et original, le genre super-héroïque continuera d’exister. Après tout, il dure depuis 1940 à la radio et à la télé, et depuis 1978 au cinéma. Il peut durer encore jusque 2040. Cependant, les adaptations de jeux vidéo commencent également à émerger et pourraient offrir une sérieuse concurrence aux films de super-héros. Mais les producteurs ne semblent pas assurés de la valeur de ces films. Après tout, jusqu’ici, il n’y a encore aucun film adapté d’un jeu vidéo qui soit sorti du lot… Ce n’est qu’une question de temps…

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