Critique : Les Visiteurs 3 : La Révolution

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Les Visiteurs 3 : La Révolution

Il y a 18 ans, Godefroy de Montmirail et son écuyer Jacquouille la Fripouille faisaient involontairement escale en pleine Révolution française, laissant ainsi la suite de leurs aventures en suspens. Cette année, nous avons finalement droit à une nouvelle suite de dingueries dans ce qui figure être le 3ème acte de cette épopée culte. Après tant d’années de patience, les attentes sont-elles comblées ?

Depuis l’annonce de la mise en chantier d’un troisième volet des Visiteurs en 2013, le public a retenu son souffle. Les fans de la première heure comme la plus jeune génération se sont questionnés, ont mis en doute le projet, et beaucoup se sont finalement réjouis de cette nouvelle fournée de répliques cultes, déjà présente dans le premier teaser dévoilé sur la toile en mai 2015. Et le questionnement demeure justifié : c’est qu’après 18 ans de silence et le flop du remake américain en 2001, la saga des Visiteurs semblait avoir bouclé la boucle. L’absence de Jean-Marie Poiré derrière une caméra depuis 2002 n’arrangeant pas les choses. Pourtant, la sortie d’un troisième film a toujours été envisagée, voire suggérée, par la fin même du deuxième volet, qui laisse en suspens la suite des aventures de nos deux clowns moyenâgeux.

Les Visiteurs 3 : La RévolutionIl fallait donc une histoire béton pour justifier ce grand retour. C’est ainsi que dans le contexte houleux de la Terreur, Godefroy et Jacquouille attendent de se faire juger par l’accusateur public Jacquouillet, qui est également le descendant de la Fripouille. Ils parviennent à s’évader, et Godefroy rencontre alors sa descendance Noble, dont le fameux Gonzague de Montmirail. Les deux héros les aident à fuir et en profitent pour chercher un descendant de l’Echanteur afin de rentrer à leur époque. Les couloirs du temps non refermés, les deux voyageurs sont en effet victimes d’effets secondaires inquiétants.

Les Visiteurs 3 : La Révolution débute, tels ses deux prédécesseurs, par une introduction décrivant le contexte dans lequel commence l’histoire et rappelle les événements antérieurs à celle-ci. L’emblématique musique retentit et le voyage commence du bon pied. On se retrouve tout d’abord au Moyen Age, au temps de Louis VI, dit “Le Gros”, là où tout a commencé. Le premier enjeu est mis en exergue lorsque le roi déclare que les terres de Godefroy seront rasées si ce dernier ne se décide pas à revenir au bercail (il ignore tout de ses aventures temporelles). On retourne ensuite à l’endroit où le récit des Couloirs du temps nous avait laissé à l’époque, à savoir au jugement de Godefroy et Jacquouille.

Et à partir de là, Clavier s’en donne à cœur joie. Au sommet de son art et de son personnage au moment du deuxième film, il n’a pratiquement rien perdu de sa superbe, et pourtant une évidence nous frappe : avec 20 ans et quelques kilos de plus dans la gueule, il frise parfois le ridicule. Il fait toujours rire, certes, mais donne parfois l’impression d’en faire de trop. C’est également valable pour son interprétation de Jacquouillet, où il se contente de faire du “Clavier”. Dommage, on connaît le personnage depuis plus de 30 ans, et ça prête moins à sourire à force.

Les Visiteurs 3 : La RévolutionSi on sait qu’on a bel et bien affaire à une comédie, l’histoire (quoique bien écrite) n’est pas légère et semble alourdir le récit. Tout est pourtant là : une époque de tourmente finement reconstituée, des personnages hauts en couleurs, des dialogues réfléchis… Seulement il manque l’ingrédient. Le contraste entre deux époques n’est pas aussi fort que dans le premier film, où la confrontation entre la pouffiasse aristo et le gueux faisait directement mouche. Ici, les situations cocasses manquent de fraîcheur et la redondance de certains gags montrent que Les Visiteurs 3 : La Révolution se repose déjà sur ses acquis (la puanteur et l’haleine des deux moyenâgeux qui font fuir notamment, prétexte employé jusqu’à l’usure). De même, les diverses sous-intrigues qui concernent certains personnages secondaires ont la fâcheuse tendance de nous perdre dans le récit et entravent la compréhension globale de l’histoire à certains moments.

Concernant les seconds rôles en question, très peu de choses sinon rien à reprocher : ils rentrent tous à merveille dans leur personnage et ce choix de rajeunir le casting avec les nouvelles têtes en vogue est assez judicieux et rappellera à certains la douce époque de Papy fait de la résistance, comme l’a déclaré Christian Clavier dans certaines interviews. Mention spéciale à Gonzague de Montmirail, campé par Franck Dubosc, déjà évoqué dans le premier film, et qui ne s’avère pas être le si parfait et courageux descendant que l’on croyait. La mise en scène est plutôt soignée et prouve que le talent de Poiré n’a pas subi les épreuves du temps. On dénotera tout de même quelques minuscules soucis de montage à certains moments qui enrayent un peu le rythme de l’intrigue, mais rien d’affolant.

Enfin, les dernières minutes du film sont surprenantes : une fois de plus, nos deux héros sont transportés dans les couloirs du temps mais ne s’arrêtent toujours pas à la bonne porte. Ils se retrouvent cette fois-ci en pleine occupation allemande, autre époque-clé de l’histoire de France. On n’a donc pas affaire à une conclusion, et ce final loufoque, contre toute attente, laisse présager un quatrième film… celui de trop ? On se retrouve une fois de plus à la case-départ. Il faut savoir s’arrêter parfois. Dommage…

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