Critique : The Majestic

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Alors que Trumbo vient de sortir dans les salles obscures, avec Bryan Cranston dans le rôle-titre, il est intéressant d’effectuer un flash-back d’une quinzaine d’années pour parler d’un film oublié pour ne pas dire inconnu dans nos contrées francophones. The Majestic, tout comme Trumbo, évoque le récit d’un scénariste hollywoodien accusé de communisme. Retour sur un film qui n’a fait qu’effleurer le succès.

affmajesticLa touchante histoire d’un homme en quête d’identité. Modeste scénariste à la solde d’Hollywood, Peter Appleton voit sa carrière momentanément suspendue lorsqu’on l’accuse à tort d’être communiste. Il est sommé de comparaître devant le congrès mais n’en fera rien car il perd la mémoire à la suite d’un accident de voiture, lequel le fera s’échouer sur les rives d’une petite ville appelée Lawson. Là-bas, il est pris pour le fils d’un des habitants, Luke : le jeune soldat a été porté disparu à la fin de la guerre et ressemble à s’y méprendre à Peter. Amnésique, il finit par se laisser convaincre par le village, lequel fête son retour en fanfare.

Il y a deux symboliques, fort contrastées, abordées dans ce film. En premier lieu et principalement cet homme qui cherche à savoir qui il est, et pas seulement après sa perte de mémoire ; on le voit, à la scène d’ouverture du film, perdu dans ses pensées à cette réunion de requins d’hollywood, lesquels sont en train de modifier la plupart du scénario qu’il avait écrit, profanant ainsi son oeuvre (belle satire d’Hollywood quant aux auteurs qui n’ont finalement pas leur mot à dire), et on peut lire dans son regard qu’il se demande ce qu’il fait là, songeant sans doute qu’il pourrait occuper une autre place dans ce monde de fous.
La deuxième symbolique, d’abord en retraît avant de devenir essentielle dans la dernière partie du film, réside dans ce combat contre cette chasse aux sorcières dont est imbibé ce début de fifties. Cette traque aux communistes concerne ici particulièrement les personnes faisant partie du show-business, ce qui fut hélas la triste réalité. Un discours épique et moralisateur, à la manière de Chaplin dans Le dictateur, suffira à faire triompher le bien (Chaplin a également été accusé de communisme à cette époque avant de s’exiler, coïncidence ?).

majestic-2002-03-gJim Carrey y est très juste, et son jeu est beaucoup plus en retraît que d’habitude, ce qui n’est pas une mauvaise chose. Dans The Truman Show, il joue également de façon dramatique tout en gardant un esprit tragi-comique, se permettant quelques accès de folie à la “Carrey” qui lui vont si bien. Dans The Majestic, il reste simple et mélancolique, loin de ses habituelles pitreries, avec une élégance et une classe naturelle qui font de lui un acteur encore plus hors-norme qu’on ne le pensait. Et pour ceux qui en douteraient encore : souvenez-vous d’Eternal Sunshine On the Spotless Mind (“Eternal quoi ?”).
Laurie Holden, coqueluche de Darabont, joue bien et de façon naturelle sans non plus livrer une prestation mémorable. Sa beauté occupe évidemment une place importante à l’écran, et cela suffit tout juste à combler les manques de caractère de son personnage. En effet, le premier rôle féminin aurait pu être plus étoffé.

TheMajestic-Still7Il s’agit là du film le plus incohérent de la filmographie de Frank Darabont, à tel point qu’on le dirait réalisé par un autre cinéaste. Rare oeuvre non adaptée d’un roman de Stephen King. Ce détail doit probablement jouer.
Après réflexion, j’ai comme la vague impression que Darabont possède un faible pour les films d’époque. Se collant pour la première fois aux années 50, il réalise une reconstitution de qualité, et ne trahit ni l’esprit, ni l’atmosphère de l’âge d’or hollywoodien. Sans doute un hommage offert aux belles années du cinéma ?

Une scène très émouvante vaut le détour et suscite la réflexion. Harry Trimble (joué par Martin Landeau) vient d’avoir une attaque cardiaque et est allongé dans son lit. Il a demandé à voir Luke, l’homme que tout le monde croit toujours être son fils et lui susurre quelques paroles avant de pouvoir partir apaisé. Or Peter Appleton s’est souvenu qu’il n’était pas Luke quelques instants avant mais ne juge pas opportun de prévenir Harry sur son lit de mort et préfère le laisser expirer heureux avec l’idée qu’il a retrouvé son fils. il s’est notamment pris d’affection pour le vieil homme qu’il a pris pour son père pendant plusieurs mois d’amnésie.
Comment ne pas se laisser submerger par ses émotions ? Tout est là : contexte dramatique, amour, dilemme… le tout couronné par le personnage le plus attachant du récit qui se meurt. On est tenté de se demander si Peter a bien fait de mentir à son faux paternel dans ses derniers instants, tout en sachant que ce n’était pas une décision si malsaine que cela. Un peu de remue-méninges émotionnel ne fait jamais de mal !

Il est amusant de noter qu’un film évoquant la perte de mémoire n’en ait marqué aucune lors de sa sortie francophone. The Majestic s’en sortira tout juste avec un succès d’estime, et c’est dommage. Un Jim Carrey au top de sa carrière soutenu par un casting de choix, le tout dirigé par un réalisateur tout aussi acclamé (il réalisait La Ligne Verte deux ans auparavant)… Comme quoi, même avec les ingrédients parfaits, on peut foirer une recette. Et celle du box-office français fut assez misérable (65 396 entrées).

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