Critique : L’Invitation

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Sur qui peut-on vraiment compter dans la vie ? De cette question toute simple naît L’Invitation, second long métrage de Michael Cohen. Le film pose une problématique a priori banale qui touche chacun d’entre nous. Un film qui n’a l’air de rien mais qui fait du bien.

L’histoire débute en pleine nuit, lorsque Raphaël est réveillé par un appel de son meilleur ami Léo, qui annonce être tombé en panne et demande alors son aide. Raphaël a la ferme intention de se recoucher jusqu’à ce que sa femme le persuade de venir en aide à son camarade. Sur place, il s’avère alors que la panne inexistante est substituée aux bouteilles de Champagne et une fête improvisée avec quelques amis. L’amitié de Raphaël comme celle des autres a été soumise à un test par Léo, qui prétexte la seule envie de passer du bon temps avec des personnes qui lui sont chères. De cette expérience va s’ensuivre pour Raphaël une longue remise en question sur son existence, sa relation amoureuse, sa conception de l’amitié. Combien de personnes sortiraient du lit au beau milieu de la nuit pour lui venir en aide ?

l_invitation__r__c-nieszawer_finalPar le biais de cette comédie, Michael Cohen aborde des thèmes multiples et variés, et rend son œuvre difficile à cerner. Certains diront sans doute qu’il s’agit d’un film sur l’amitié, d’autres parleront peut-être d’une simple comédie évoquant une tranche de vie de son personnage principal. Ceci étant, le message que Michael Cohen cherche à adresser aux spectateurs, derrière cette histoire farfelue, n’est pas limpide, le but étant peut-être de laisser libre court à l’interprétation de chacun.

Si le style de réalisation reste assez standard et dans la lignée de bon nombre de comédies actuelles*, chacun s’accordera à dire que l’atout majeur du film sont ses dialogues. Soignés, millimétrés, finement rôdés, ils sont l’œuvre de Cohen et Bedos, également acteurs principaux du récit. Le second avait signé notamment le scénario et les dialogues d’Amours et Turbulences d’Alexandre Castagnetti en 2013, où l’on pouvait déjà distinguer sa patte intellectuelle si particulière et raffinée.

*Notamment un rythme soutenu qui ne laisse pas le temps de s’ennuyer et un cadrage très classique.

Autre détail qui frappe à l’écran : la complicité de ces deux hommes. Cohen et Bedos, Raphaël et Léo, le duo fonctionne à merveille. Complémentaires par leurs différences notamment, il s’agit de deux électrons libres. L’un est lunatique et souvent incompris, l’autre est vif et cultive le mot d’esprit pour épater l’auditoire. En termes d’interprétations, les deux acteurs collent à la peau de leur personnage, à moins que ce ne fut l’inverse. Il faut inévitablement s’attarder sur Nicolas Bedos, qui se construit un personnage à l’image de ses dialogues : cynique mais subtil, agaçant mais spontané. Bref, le genre de protagoniste que l’on a envie de détester mais que l’on ne peut s’empêcher d’admirer.

Revenons sur une scène importante du film, dans laquelle Raphaël et Léo se retrouvent pour la deuxième fois sur le bord d’une autoroute, cette fois dans le but de se dire leurs quatre vérités. Ils vont tour à tour procéder à une remise en question du comportement et du caractère de l’autre, et vont être interrompus à plusieurs reprises par des personnages extérieurs dont les interventions vont contribuer à créer des comiques de situation. Cette scène, pensée et écrite de façon théâtrale, est probablement la plus efficace du film, et témoigne une fois de plus de l’influence de Bedos, qui a déjà signé l’écriture de 4 pièces de théâtre dans sa jeune carrière. On retrouve dès lors dans cette fameuse scène plusieurs ingrédients qui constituent la substance de l’art scénique, notamment dans ces apparitions qui tiennent du vaudeville et ces quiproquos qui laissent hilares.
On reprochera tout de même un manque d’approfondissement de certains personnages secondaires, et notamment la femme de Raphaël, qui semble exténuée au moindre mot prononcé par ce dernier dans le début de l’histoire, puis éperdument amoureuse de lui à la fin, sans une véritable raison apparente.

Enfin, on remarquera que L’Invitation penche à certains moments dans l’absurde, d’autres fois dans le sentimental, ce qui peut déstabiliser le spectateur, car on devine que le réalisateur lui-même ne sait pas très bien situer son film dans une catégorie bien précise ; il livre ainsi une comédie hybride, tantôt populaire, tantôt hermétique.

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